Made in Zol - Partie 1

Publié le par Scalp

« Voici venu le temps de l'île aux enfants… »

Vous vous souvenez de cette émission télévisée et du petit air qui l'annonçait?
C'était sous Giscard il y a un siècle…
Moi, ce petit air, il me trottait dans la tête depuis quelques minutes, depuis que j'avais vu Zol en bermuda de bain.
Vous vous souvenez de Casimir, le dino orange?
No comment.

Nous sommes début septembre.
Le dernier samedi du mois d'août, Zol nous a convié à une fête qu'il donne chaque année, le dernier week-end- de la saison.
La saison, durant laquelle il avait reçu la plupart de ses clients fortunés venus parader dans notre région, comme chaque année dans leurs Mas, sur leurs yachts, ou dans des hôtels aux façades meringuées.
Les années précédentes, c'était généralement dans l'un de ces palaces chicos que Zol choisissait de célébrer sa gloire sous couvert de construire celle de ses recrues.
Grande nouveauté: cette année, c'était sur la plage.

Les autorités locales avaient récemment interdit les barbecues sur la plage au grand désespoir des locaux habitués, les soirs d'été, à de grandes fêtes débridées dans les dernières lueurs du jour, au bord de l'eau, sur fond d'odeur de saucisses grillées.
Zol, qui n'avait pas tout oublié de ses années de militant révolutionnaire, avait trouvé là l'occasion d'affirmer que la liberté appartenait à ceux qui avaient le courage de s'en emparer.

C'est une bonne idée sur la plage, non? M'avait-il dit au téléphone.
Pourquoi pas, j'avais répondu, toujours un peu inquiet des proportions que pouvaient prendre les idées de Zol, n'en fais pas trop quand même, j'avais ajouté. Tu vas finir par passer pour un bouffon.
Pas plus que les autres années avait-il rétorqué. Tu sais, c'est aussi du business.
Justement, j'ai dit.
Salut looser, et il avait raccroché.

« Nietzsche impose sa liberté, Rousseau la quémande, de quel coté êtes-vous? »

J'avais un jour, il y a longtemps, vu Zol écrire cela sur un mur.

Aujourd'hui il vend ses artistes comme on vend des bagnoles d'occase sur les parkings de supermarché le dimanche matin. Ça me gonfle.

« Quand je vends, ils mangent ».

Quand Zol avait dit ça, il n'y avait plus rien à ajouter.
Je m'en étais tiré plus d'une fois en haussant les épaules.

Je le soupçonnais donc de se faire un bon coup de pub sur ces plages désertées, sur lesquelles on ne voyait plus que lui et, notamment aujourd'hui, son incroyable bermuda.
Zol est un créatif impliqué dans le monde de l'art autant qu'on peut l'être et pour ma part, je le crois sincère même si son enthousiasme sent souvent l'argent. Parfois un peu trop…
Nous avions déjà eu, Zol et moi, de nombreuses conversations, certaines très animées, sur cette dichotomie délicate du marketing et de l'art.
Ces soirées servaient aussi d'ouverture de la saison d'hiver; durant celles-ci, Zol présente le travail des artistes qu'il a l'intention de promouvoir jusqu'à l'année suivante dans les salons du monde entier. De nombreux  journalistes étaient conviés, dont certains venant de l'autre bout de la planète. Quelques créateurs, devenus célèbres, avaient commencé là leur carrière, d'autres n'étaient jamais allé plus loin.
Ces soirée de gala « made in Zol » sont des évènements très courus et il était important d'y être invité.

La route du bord de mer était barrée sur une voie et le ballet des limousines affrétées par Zol déposait un flot ininterrompu de gens. Ah oui, j'ai oublié de vous dire: cette année Zol a donné un thème à la soirée:

La couleur!

Au cours de ces galas, nous avons droit généralement à notre lot d'installations diverses et variées, toutes plus invraisemblables les unes que les autres.
Je ne m'y retrouve pas toujours.
Mais cette année, Zol a du donner des instructions, parce que là, les artistes, vu l'espace et les moyens financiers mis à leur disposition, ont vraiment envoyé la sauce.
Je n'ai pas la place ici de vous décrire tout ce qui fut exposé à nos yeux incrédules, je le ferai peut-être une autre fois. Les invités n'étaient pas en reste. De la couleur et des tenues extravagantes, partout sur 360°.
C'était plutôt réussi, le champagne était formidable et la fête démarrait bien, j'étais parti pour surfer sur la queue de la comète jusqu'au matin…

J'y suis allé accompagné de Linda, flamboyante Néo-zélandaise dont je vous ai déjà parlé.
Moi, j'étais habillé en blanc,
Linda en rose bonbon… A sucer!

La fête avait commencé à 17h. Zol avait fait son show pendant des heures répondant à la presse, portant des artistes en triomphe sur ses épaules, arrosant des Ferrailleries Impudiques coûtant certainement des prix indécents de champagne, et quelques minutes avant de se mettre en tenue de bain, plongeant en smoking Armani dans une des Piscines Aléatoires, remplies de produits certes colorés, mais d'une composition incertaine.
N'est pas Klein qui veut…

Voilà notre Zol, au smoking recouvert d'un orange gluant, qui se dirige vers la piste de danse et entame un strip-tease lascif sur la musique de Full Monty.

« Voici venu le temps des rires et des chants… »!

Je le reconnais, c'était marrant et puis une fois quasi nu, mon ami, avec le corps orange gluant, ses rondeurs, ce bermuda ahurissant qui avait dû nécessité 2m2 de tissu…
Quand il a été nu, se tortillant sous les hurlements de la foule qui n'était pas loin d'entrer en transe, ça m'a fait mal. Merde! Faut faire ça pour vendre de l'art?

Je suis parti me baigner,
Linda ne m'a même pas vu m'éloigner, fascinée par le veau d'or.

Pour mettre fin au spectacle, Zol, les bras écartés, tel un ange s'élançant sur son aire d'envol, a couru vers l'eau; Il a piqué une tête, ce qui a eu pour effet de faire arrêter la musique et cesser brutalement les ovations.
Il est resté de longues secondes sous l'eau devenue sombre dans le soir qui s'installait. Quand il est réapparu à la surface, il s'est tourné vers le public qui attendait une nouvelle facétie et leur a crié: « Buvez! Dansez! Chantez! AMUSEZ VOUS! AMUSEZ VOUS! »

La musique a repris comme dans un scénario bien réglé ( et c'est exactement ce que c'était, je connais mon Zol…), la foule s'est intéressé à autre chose, comme toutes les foules d'enfants gâtés et Zol a nagé tranquillement vers moi.

T'as vu ça? Cette fois je les ai dans ma main! Il m'a dit en triomphant.

Son accent me rappela soudain les mauvais films d'espionnage.

Mouais… T'aurais pu ajouter : « Aimez vous les uns les autres » et marcher sur l'eau?

Il a bien compris que je l'avais un peu en travers.


                                            A suivre…
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