Africa remix

Publié le par Claire


Paris – Centre Pompidou – Du 25 mai au 8 août 2005


« Africa Remix » en chiffres, c’est :
- 2000m² d’exposition dans lesquels sont présentées 200 œuvres produites par pas moins de 100 artistes.
- 2 heures de visite minimum.


Les croquis présentés dans cet article ont été réalisés durant la visite de l'exposition, et représentent différentes oeuvres d'Africa Remix.




 

   Qu’est-ce que l’art contemporain africain ? C’est la question que se pose le visiteur lambda à l’entrée de l’exposition. Pour l’instant, il n’a qu’un vague souvenir de cet art: les masques tribaux. Ils sont beaux et souvent très expressifs mais on est à Beaubourg, pas dans un Musée de l’Homme. Il y a donc peu de chance de trouver les fameux masques.

     Mais alors quoi ? Va-t-il sortir de sa visite avec une toute nouvelle idée de l’art africain ? L'expérience de l'exposition par Mr. X, va s'avérer nettement plus complexe...

« Africa Remix » a pour but, non pas de faire oublier les masques tribaux mais d’en émanciper l’art contemporain africain. Il faut comprendre l’évolution de cet art, en comprendre les racines et les questionnements.
    Tous les artistes présentés sont originaires d’Afrique mais la plupart vivent et travaillent à Paris, Londres ou New York.
    C’est donc par le biais des techniques que l’on rencontre habituellement dans les expositions d’art contemporain (peinture, dessin, sculpture, assemblage, installation) qu’ils s’expriment.
    Le langage artistique étant commun, cela permet de comprendre la spécificité de l’art contemporain africain.

    J’ai cependant remarqué un nombre important d’installations vidéo (beaucoup plus que de photographies d’ailleurs). Elles présentent le plus souvent un homme ou une femme d’origine africaine en plan rapproché silencieux ou s’adressant au spectateur.

    Ce système est souvent mis en scène : par exemple, the room of tears/ pediluve #4
(2004)de Bill Bidjocka dans lequel le visiteur entre et évolue sur des pierres posées au sol à travers la pièce remplie de quelques centimètres d’eau et va à la rencontre des vidéos (portraits silencieux) encadrées et disposées sur les murs comme des tableaux (son poids sur les pierres enclenche un faible discours sur une bande sonore).
    Ces portraits, qu’ils s’expriment ou restent silencieux, deviennent des porte-parole de la société africaine. Le besoin de s’exprimer, de se présenter au monde, d’afficher son identité, est ressenti très fortement.




    Un grand nombre d’œuvres sont réalisées à partir de matériaux composites, comme si elles étaient réalisées avec les moyens du bord. C’est cette précarité, qu’elle soit réelle ou non, qui rend plus fort le message à faire passer. Ces assemblages, ces « remix », prennent leur signification dans le détournement des matériaux qui sont choisis avant tout pour leur histoire mais aussi pour leur plasticité.

Bidon armé (2004) de Romuald Hazoumé est un parfait exemple : l’œuvre est réalisée à partir de colonnes de bidons d’essence vides,  peints et présentés de façon à faire référence aux masques tribaux. Le raisonnement est simple et incisif : les Européens prennent leurs masques et envoient leurs poubelles, alors il fait des masques de leurs poubelles.

 





      L’exposition se divise en trois sections :
    - Identité et histoire dans laquelle il est question de mémoire personnelle, de l’identité par rapport à la mémoire collective, de l’histoire. Dans cette section, il est souvent question de la colonisation et de l’héritage culturel qui en découle comme des cicatrices qu’elle a causées. C’est également ici qu’on retrouve la notion de « remix », l’identité africaine étant le produit de différentes cultures.

Le victorian’s philanthropist’s parlour
(1996-7) de Yinka Shonibae (une reconstitution parodique d’intérieur dans lequel un tissu africain ,appelé dutch wax-paint -avec pour motif un footballeur- est omniprésent) et Le chef qui a vendu l’Afrique aux colons, photo tirée de la Série Tati Autoportrait (1997) de Samuel Fosso illustrent bien cette idée de « remix » des cultures.









    - Corps et esprit où la préoccupation majeure est la question de la représentation. « Le corps africain n’est africain que parce qu’il est revendiqué comme tel ».

    - Ville et terre qui sont deux éléments a priori contradictoires. La terre est une permanente totalité tandis que le ville est un ensemble fragmentaire. Les artistes africains qui vivent loin de leurs origines sont tous des naufragés volontaires.


     L’exposition est donc l’occasion de découvrir un autre pan de l’art contemporain mondial, car peu des artistes présentés sont connus sur le marché.
     On retrouve quand même des toiles de Ghada Amer, comme beauty and lovers
2004 : sur une toile rose saumon aux motifs floraux, sont cousus des fils violets et verts pareils à des coulées de peinture et si l’on s’approche, apparaissent des amants enlacés et Chéri Samba avec le monde vomissant (2004) représentant une Terre rouge sur fond bleu, vomissant littéralement le monde, en commençant par l’Amérique du Nord puis celle du sud, mêlées à des tanks et autres armes militaires.

   









Il est finalement difficile de se faire une idée bien arrêtée sur l’art africain en sortant de l’exposition ; ce serait l’enfermer dans une case. L’exposition est rafraîchissante dans le sens où elle nous amène à réfléchir sur de nouvelles problématiques de l’art contemporain.
    Malheureusement quasiment terminée, vous aurez la possibilité de voir Africa Remix à… Tokyo (!) au Mori Art Museum de février à mai 2006. Date finale, qui clôturera la "tournée" mondiale de cette exposition déjà présentée à Dusseldorf et à Londres.
   

 



 
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Rubengzh 20/04/2006 13:14


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honorius 12/08/2005 19:20

interessant article sur l'art moderne. Dommage, Paris c'est pas la porte d'à coté. AMitiés jacques

Spiirale 11/08/2005 16:17

D'une manière générale j'ai apprécié l'exposition "Africa remix" pour sa diversité tant au niveau des artistes que des techniques,néanmoins je me pose la question qui est de savoir si "l'art contemporain africain" à un autre avenir que celui de la revendication,de la guerre et de cette empreinte culturelle plus que présente,qui à mon sens l'enferme...

walsong 10/08/2005 16:01

Je sais, pour l'expo. mais je parlais d'une manière générale: le fait que pour profiter d'un maximum de manifestations sur la capitale, il faille y squater un certain temps! (j'ai raté ainsi les impressionistes... et plein de trucs qu'il va falloir attendre de voir repasser ou être "délocalisé" quand ces messieurs, l'auront décidé... (côté capitale, comme côté Toulouse, parce qu'elle bloque aussi pas mal elle, à faire dans le "courant" plutôt que dans l'interessant! (enfin, ça n'engage que moi, cette remarque, mais il est vrai, que depuis un certain temps... c'est morne pleine (sauf côté lyrique et encore...)
Bonne journée

zoso 10/08/2005 14:00

C'est une super idée, les croquis ! BRAVO !