Rauschy

Publié le par Scalp





Rauschenberg...
J'ai envie de dire Rauschy comme on dirait à un copain que l'on découvre assis à la terrasse d'un café où l'on avait justement décidé d'aller s'asseoir pour regarder passer les gens.

« Eh Rauschy, quelle bonne surprise! Je peux m'asseoir avec toi?
J'en ai une bien bonne à te raconter ».

Rauschenberg, c'est moi.
Je veux dire le peintre que j'aurais voulu être.
J'aurais bien voulu être Van Gogh aussi mais il était trop malheureux celui-là.
Moi, à défaut de succès, il me faut du bonheur. Et puis les putes de la rue du bout du monde, je veux bien, mais me couper l'oreille j'aurais pas pu.
Alors, va pour Rauschenberg.

Vous vous demandez pourquoi j'attaque comme ça ma chronique? Pour que vous compreniez, je vais commencer depuis le début:

Dans ma région, pour les 80 ans de Rauschy, un grand musée à la collection, habituellement plutôt terne, décide de faire une rétrospective consacrée à ce peintre, talent majeur de la peinture américaine et condensé de divers courants de peinture allant de Andy Warhol au groupe Cobra. Pour vous dire clairement ma conviction, je crois que la peinture de la fin du XXe siècle n'aurait peut-être pas été ce qu'elle est sans Rauschenberg.

Alors, un dimanche, exceptionnellement, pas de barbecue avec les potes. Je m'étais concocté une journée solo. J'avais prévu une petite matinée de jardinage, un déjeuner dans la vieille ville et ensuite remue méninges à l'expo.
Je me suis fait beau comme un qui va à la ville (jean stone-washed déchiré au genou, chemise Lacoste noir, et baskets rouges...), j'ai arrangé mes cheveux dans un savant désordre, mis un peu de pouët-pouët sous les bras et en route.
Je suis allé direct dans un petit troquet où je savais pouvoir déguster les meilleures sardines à l'escabèche de la ville. J'ai trouvé une bonne table à l'ombre, avec vue idéale sur la rue et les myriades de jeunes femmes qui flânaient devant les boutiques de cette petite artère, qui ressemble à celles qu'on peut trouver en Italie.
Vous y êtes? Vous sentez l'ambiance? Soleil et ombres, odeurs de socca et parfums capiteux.
J'étais en train de boire un mauvais kir offert par la maison et là, dans le flot des passantes, une silhouette de ma connaissance. Des cheveux de miel, des yeux bleus dessous, une belle peau bronzée:
Linda. Néo-zélandaise, la trentaine rayonnante et une robe qui devait peser 10 grammes.
On s'était souvent croisé ces dernières années.
Ça a toujours été brûlant entre nous, mais ça n' jamais pris feu.
Je l'appelle, elle me reconnaît, on s'embrasse, elle s'assoit.
Non, elle n'est pas accompagnée, non, elle n'a pas de programme particulier, oui elle peut rester à déjeuner.
Kir.
Je vous la fais courte: pendant le repas on a bien bu, on a ri de tout et puis l'ai convaincu de venir voir Rauschenberg avec moi.
Quand on s'est levé de table, j'ai compris que le Bandol blanc avait entamé son sens de l'équilibre. En prenant la direction du musée, j'ai mis son bras sous le mien, elle ne l'a pas enlevé.
En arrivant en au bas des escaliers qui mènent au parvis, le vent descendant les marches souleva sa robe, découvrant ses jambes...
Elle a ri en chantant un air de Marylin, poo poo pi doo.
J'ai avalé ma salive, ma nuque s'est mouillée.
L'air climatisé du musée m'a sauvé la mise.
Ascenseur, musique, montée, ouverture sur la grande salle.
Là: BOOM! : Rauschenberg, en pleine poire.
Des oeuvres énormes, de l'acier, de l'alu, des couleurs comme des pétards.

Grand Slam.
Le nom d'une oeuvre exposée.
308x491cm...
Des plaques d'alu et d'acier, peinture acryl et émail. Du rouge, du noir, des grands coups de brosse, des montages, de la vie, du mouvement. Fort.
J'étais scotché.
D'un geste tendre,
Linda a remonté ma mâchoire qui pendait.

    - Ce mec peint la vie comme je la vois, j'ai dit.
    - Et bien, ça doit pas toujours être facile, a-t-elle répondu en se serrant contre moi.

J'ai passé mon bras autour de sa taille et on a continué la visite.
Je me suis dit qu'on était en train de franchir un pas, elle et moi.
On s'est fait la série des Shiners, des Night Shades puis des Borealis.
Sans commentaires, mais on aimait tous les deux.
La vie américaine était là, traversant toutes les oeuvres. J'entendais de la country quelque part dans mon crâne, j'avais le goût des saucisses aux oignons, petit pain et french mustard au fond de la gorge.

On est passé devant la série réservée aux Photems. Les Photems, ce sont des photos sérigraphiées réalisées à partir des propres clichés de Rauschenberg. A coté sont exposées les photos ayant servie de bases à ces montages.
C'est dans les verres destinés à les protéger que je nous ai vu,
Linda et moi.
Je la regardais dans le reflet. Elle me regardait qui la regardais.

On fait un beau couple j'ai dit.

Elle s'est hissée sur la pointe des pieds et m'a embrassé la joue.
Un crash-test filmé au ralenti. Sous l'impact de ses lèvres, mon coeur s'est déplacé dans ma poitrine, il est venu taper contre mes côtes pour enfin retomber dans mon corps vide qui résonnait du vacarme qu'a fait sa bouche en claquant sur ma peau.
Je me suis retourné vers elle pour lui montrer mon étonnement mais, quand j'ai vu le sourire accroché sous ses yeux, je lui ai roulé un patin qui a dû faire rire l'esprit de Rauschenberg qui sûrement, devait roder dans ces murs vibrants du talent des oeuvres qui y étaient accrochées.

Hum, hum... a fait le vigile.

Je suis revenu à la réalité. Un peu étourdi.
Encore contre moi, elle a passé sa main sur ma joue et a soufflé dans mon oreille:

Un peu d'air te fera du bien, montons sur la terrasse.

Mon jean faisait de l'auto-allumage, j'ai suivi.
On a attendu l'ascenseur comme deux cloches, sans rien dire, sa main crépitant dans la mienne. On aurait dit deux chevaux, les naseaux frémissant, attendant que la porte des starting s'ouvre.
L'ascenseur n'était pas encore refermé que je l'avais déjà plaqué sur le mur du fond. On s'est roulé des pelles comme si nos vies en dépendaient. Il n'y avaient que quatre étages à monter. C'était court mais, assez long pour que je relève sa robe sur ses reins, empoignant ses fesses nues, string oblige, à pleines mains.
Elle avait chaud elle aussi.
Alors que je m'appliquais à enrouler ma langue autour de la sienne, j'ai pensé aux dessins de la vie que ses fesses humides devaient faire sur les parois d'aluminium poli de l'ascenseur.
A l'approche du niveau terrasse, nous nous sommes vite repris.
Je l'ai éloigné du fond et je l'ai pris par les épaules pour la faire se retourner. Les portes se sont ouvertes, la lumière d'un soleil chauffé à blanc est entrée dans la cabine. Alors du doigt, je lui ai montré les traces de ses fesses imprimées sur la paroi de métal.

Elle a souri en disant: « Rauschenberg aurait été content de nous ».

Voilà, c'est ça la bien bonne que je raconterais à Rauschenberg si je le rencontrais à la terrasse d'un café.

Allez voir Rauschenberg, ça vous fera de l'effet même si vous êtes seul.

Rauschenberg est sans doute le dernier peintre à croire que l'art peut changer le monde, disait le catalogue de l'expo.

Mon jean et moi on le croit.
Linda aussi.

Come on Rauschy,
donne-moi encore envie!
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

stefanie 08/12/2005 19:15

Hello! hello!
QUI est l'auteur.???
Bonne soirée.

Stéphanie