Moïse Mandoli, sa peinture, le golf et les hyènes...

Publié le par Laurent Bettinger

Moïse Mandoli, sa peinture, le golf, et les hyènes...





Moïse, parle-moi de ta peinture, de sa naissance?

Peindre, c'est confronter ses idéaux à la réalité, les perdre, et découvrir quelque chose de plus complexe: soi-même. C'est de cette motivation que naît ma peinture.

Tu te laisses porter par le trait, le pinceau?

Tout réside dans l'échange, je n'impose qu'un minimum au tableau. Je trace les lignes d'un terrain de jeu au sein duquel je vais soumettre des propositions. Un tableau c'est comme un voyage, je suis à la recherche d'émotions et de découvertes. Il y a une réelle interactivité entre le tableau et moi, durant sa réalisation je suis plus proche de mes émotions que du désir ou de la volonté qui a initié l'oeuvre. Losque je peins, cette volonté, ce désir de base, est vite submergé par des sentiments plus complexes, par une sensation d'équilibre. Les formes et les couleurs apparaissent comme des évidences.

Quels sont tes sujets d'inspiration?

L'humain et ses multiples formes de souffrances crées par une société vendeuse de placebos, son asservissement à l'objet et, de là, son avilissement, me touche profondément. A la base de mes peintures, il y a toujours de la révolte mais aussi de l'envie, des sentiments complémentaires. Malheureusement, je n'ai pas de solutions aux problèmes de ce monde, je ne peux que leur apporter mon éclairage. La réalité est propre à chaque individu, elle est finalement une question de ressenti face à un événement.                                       





Paradoxalement, même si les traits sont enfantins et les couleurs vivantes, on ressent parfois de la violence et des sensations perturbantes:


Je trouve que la vie est violente et belle à la fois. La douleur et l'angoisse sont essentielles à la pleine compréhension du bien-être et de la sérénité. Le vécu de cette opposition, est, à mon sens, une clé nécessaire pour l'accés au bonheur, à l'équilibre. Cette notion d'équilibre est ancestrale et vitale, nous vivons dans un système de pensée qui réfute les sensations et sentiments dérangeants, et prône la sur-consommation comme remède à tous les maux. J'utilise donc les mêmes artifices que le marketing de masse: couleurs vives et matières plastiques mais à des fins plus nobles. Car même si je suis très attaché à l'esthétique pure, je refuse le beau qui n'a pas de sens.


Justement, la part de violence ressentie dans tes oeuvres, est-elle l'expression de la confrontation entre cette part ultra-sensible de toi, et la réalité du quotidien?


Oui, c'est une forme de souffrance propre à chacun de nous, car de la tromperie induite par la société consumériste, découle la frustration puis la résignation. Il n'y a rien de plus violent que la résignation. Alors sans se complaire dans le malheur et en faire un culte, il faut s'en servir comme d'un tremplin vers l'évolution et l'élévation de soi.


C'est quoi être un artiste pour toi?

C'est surtout avoir envie. Envie de découvrir, d'évoluer, de ressentir, de partager. C'est aussi aiguiser sa sensibilité et se mettre en danger. Lorsque je commence un tableau je vais vers l'inconnu et il y toujours une part d'apréhension, mais malgré tout, j'ai envie de le faire. C'est comme partir en voyage, cela peut être dangereux. Par exemple, si tu veux visiter l'Afrique, il te faut la connaître en profondeur, tu ne peux pas concilier ce genre de démarche avec des demi mesures. Quand tu sais qu'au Nigeria, les recouvreurs de dettes élèvent des hyènes! Bon, moi j'ai pas de dettes au Nigeria, mais si c'était le cas, ça me gênerais vraiment qu'on vienne chez moi avec une hyène. Être un artiste c'est aussi aimer la vie et la détester, c'est être exigeant. La vie me donne beaucoup, j'essaie de lui rendre en peignant.

Pourquoi insérer des mots dans tes oeuvres?

Pour plusieurs raisons, tout d'abord parce que j'aime les lettres, leurs formes et les différentes compositions. Lorsque je peins, je les entends, alors je me les répète et je crée au rythme de ces litanies. Leur valeur est plus auditive qu'explicative du sens du tableau. Leur présence sert à intégrer la même dimension musicale dans l'esprit du spectateur, que celle dans laquelle j'ai ressenti mon oeuvre.  Un ami me parle souvent de chant lexical, et j'aime autant le terme que l'idée qu'il représente.

Parlons d'art, tu joues au golf?

Oui, j'aime le golf et le skate-board pour l'absolue précision nécessaire à l'exécution d'un beau mouvement.Le skate a ceci de plus qu'il n'est pas un jeu, c'est de l'art. La sensation de liberté et de fluidité est unique, dans la rue, tu transformes l'architecture en terrain de jeu, tu es au milieu d'une foule mais également en marge.  C'est comme dans l'art, la justesse du mouvement. S'il y a la moindre déviation dans ta plénitude, la chose n'a plus de sens et doit être reprise à zéro. En revanche, si tu es pleinement confiant et serein, le geste fonctionne. Un beau swing, une belle figure de skate, c'est un bel instant, la peinture est une accumulation de beaux instants.



Pourquoi utiliser aussi souvent la couleur bleue et la résine époxy?

Je suis attiré par cette couleur, par l'eau en tant qu'élément, la brillance, la transparence. J'ai un sentiment de liberté et de profondeur, le bleu c'est à la fois le ciel et la mer, les espaces sans limites. Cela me rassure.

Quelle sera ta peinture de demain?

Je ne sais pas, je ne m'impose pas de ligne de conduite, en fait je n'ai pas le temps d'y penser. Trop d'idées et de projets de peintures se bousculent dans ma tête. Ce foisonnement me permet d'évoluer au jour le jour, de plus la peinture m'épanouit tellement, que la pérennité et l'évolution de mon style et des matériaux et supports employés m'apparaît comme évidente.





Finalement, quel est le but de ta peinture?


Lorsque je peins, un sentiment rare m'envahit: je sais sans comprendre. Et cette confiance, je veux la faire vivre au spectateur.




Vous pourrez voir quelques oeuvres de Moïse Mandoli dans la boutique de décoration d'intérieur et design "Les eaux de Mars", au 17 rue Defly à Nice, et ce jusqu'à début octobre. Profitez également de la proximité du MAMAC pour aller voir l'exceptionnelle exposition de Robert Rauschenberg, qui elle, sera présente jusqu'au 8 janvier 2006.

Publié dans Parlez-nous d'art!

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Loganhdl 20/04/2006 13:11


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